Renforcement des capacités et développement des ressources humaines


Pr TOMEDI EYANGO M. épouse TABI ABODO, Directeur de l’Institut des Sciences Halieutiques de l’Université de Douala à Yabassi

Introduite au Cameroun comme composante à la solution de déficience en protéines d’origine animale,  rendue plus aigüe, après la seconde guerre mondiale, la pisciculture n’a pas beaucoup évolué dans le temps et l’espace. Le Cameroun importe aujourd’hui près de 270 000 tonnes de poisson chaque année, ce qui grève la balance commerciale d’un déficit de l’ordre de 300 milliards de FCFA chaque année.

Diverses  espèces comme le Tilapia (Oreochromis niloticus), le silure ou poisson africain (Clarias gariepinus), la Carpe commune (Cyprinus carpio) et le Kanga (Heterotis niloticus), ont une production nationale encore résiduelle, mais qui pourrait être démultipliée si une nouvelle stratégie nationale est mise en place. Une telle stratégie a été définie par le gouvernement et l’un de ses  axes majeurs est le renforcement des capacités et le développement des ressources humaines.

Dans les premières décennies d’indépendance, la formation s’est prioritairement  limitée à la mise en place de quelques stations aquacoles d’expérimentation et de vulgarisation de la pisciculture paysanne. A ceci se sont greffés progressivement quelques centres de formation de techniciens et techniciens-adjoints (Jakiri, Foumban, Maroua) puis, à un niveau plus élevé,  l’Ecole Nationale  des Eaux et Forêts de Mbalmayo et l’Institut des Techniques Agricoles de Dschang. L’enseignement supérieur  n’a pas été en reste, avec l’Ecole Nationale Supérieure d’Agriculture de Yaoundé  devenu  la Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles de Dschang et plus récemment,  l’Institut des Sciences Halieutiques (ISH) de l’Université de Douala à Yabassi. Il convient de souligner que  l’ISH est le seul établissement de la sous région spécialisé dans le secteur Aquaculture, Gestion des Pêches et Écosystèmes Aquatiques, Océanographie et Limnologie, ainsi que Transformation et Contrôle de Qualité des Produits Halieutiques. A ces structures, il faut ajouter d’autres établissements, qui forment dans des domaines connexes, dans la mesure où l’approche systémique ou de filière suppose la  synergie et la complémentarité des interventions. Au nombre de ces établissements figurent, la formation de docteurs vétérinaires à l’Université de Ngaoundéré, le département de biologie végétale et animale de l’Université de Buéa, l’Institut des arts et métiers nautiques et de la pêche de Limbé (en promotion), les établissements privés (Collège Agricole d’Obala,  Institut  Supérieur  d’Ebolowa).

On ne le soulignera jamais assez, l’émergence de la pisciculture tant familiale qu’industrielle au Cameroun,  passe nécessairement par le développement des ressources humaines, le renforcement des capacités de formation, de recherche et de vulgarisation. Ceci a été la clé du succès des pays comme la Chine et plus proche de nous,  le Nigeria et le Ghana dont la production industrielle est en cours d’accélération.

Au total, la capacité nationale de formation s’intéressant directement à la pisciculture, à la pêche ou à des activités halieutiques, au niveau ingénieur/Master/Doctorat, ne dépasse pas plus de 300 étudiants en fin de parcours chaque année. La formation de techniciens tourne aux environs d’un effectif annuel global de l’ordre de 150, et les techniciens–adjoints dans le même ordre de grandeur. Ces effectifs s’avèrent encore insuffisants au vu des objectifs de booster définitivement la production au cours des deux prochaines décennies d’émergence. L’insertion de ces jeunes en milieu professionnel ne vise pas seulement les structures de formation et de recherche, ou les structures publiques d’encadrement et de vulgarisation. Elle vise davantage les exploitations performantes de petite et moyenne importance, et aussi le décollage de l’industrie halieutique. Le renforcement des capacités inclut par conséquent la maîtrise des cycles de projets et de financements novateurs.



En plus de la formation dans les établissements, il est aussi important de renforcer la diffusion des connaissances et des innovations auprès de petits pisciculteurs familiaux. Cet encadrement passe par la vulgarisation institutionnelle du MINEPIA, mais aussi par des approches dynamiques de recherche en partenariat, à l’exemple du projet SyPiEx (Systèmes Piscicoles Extensifs) du  CORAF/WECARD  qui,  regroupe l’Institut des Sciences Halieutiques (ISH) du Cameroun/le Centre de Recherche Océanologique (CRO) de Côte d’Ivoire/la Faculté d’Agronomie de Parakou (FAPA) du Benin/ CIRAD-Montpellier de France/ONGs/Groupements de pisciculteurs.